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Des satellites pour traquer les moustiques de la dengue
 
Face à cette infection, qui touche deux milliards et demi de personnes, le CNES, l’agence spatiale française, et Sanofi Pasteur, la division vaccins du Groupe Sanofi, annoncent aujourd’hui (6 février 2012) le lancement d’un projet pilote afin de cartographier les zones menacées par la dengue par l’utilisation de nouvelles technologies d’imagerie satellitaire.
   
C'est un partenariat très inhabituel qui a été annoncé cette semaine entre ces deux organisations qui vont joindre leurs efforts pour dresser une cartographie par satellite des épidémies de dengue, avec l'espoir de pouvoir prévoir d'ici deux ou trois ans l'émergence de nouveaux foyers de la maladie.

L'urgence sanitaire est réelle, car la dengue, dont les virus sont transmis par des moustiques, connaît un essor rapide dans tous les pays situés dans les zones tropicales et subtropicales, et aucun traitement spécifique ni vaccin n'existent à ce jour.

«Deux milliards et demi de personnes habitent aujourd'hui dans des régions touchées par la dengue, et la maladie gagne partout du terrain», rapporte le Dr Jean Lang, responsable du programme de recherche sur la maladie chez Sanofi Pasteur (photo de droite). Selon les estimations, la maladie touche entre 100 et 200 millions de personnes par an, dont 2 millions sous la forme la plus dangereuse, la dengue hémorragique, qui peut être mortelle. L'une des grandes difficultés pour les organismes de santé publique, qui en sont réduites à traiter les zones d'eau stagnantes où croissent les larves des moustiques, est d'anticiper les zones et l'émergence des épidémies. Les équipes françaises pensent pouvoir relever ce défi, car elles s'appuient sur une méthode de détection par satellite qui a déjà fait ses preuves pour deux maladies virales également transmises par des moustiques, la fièvre de la vallée du Rift qui touche le bétail et le paludisme. Les images satellites sont aussi utilisées pour prédire l'arrivée d'autres épidémies, comme le choléra.
 
Photo blog François-Xavier Guillerm
«Notre approche, que nous appelons télé-épidémiologie, est originale et commence par des études pluridisciplinaires sur le terrain, explique Murielle Lafaye, responsable environnement, climat et santé au Cnes à Toulouse. Pour la dengue, il nous faut d'abord comprendre les mécanismes environnementaux et climatiques en jeu pour la propagation des moustiques et des virus.»

Ce n'est qu'après ce travail de compréhension que les chercheurs font le lien avec les paramètres qu'ils peuvent identifier sur les images satellites, comme les cycles de végétation, les points d'eau et leur évolution, la densité de population dans les zones urbaines. Pour ce genre de travail, les satellites d'observations existants, comme la famille des Spot et le dernier venu Pléiades, capable d'une résolution de 70 cm au sol, sont parfaitement adaptés.

«Avec Pléiades nous pouvons notamment dire si des jardins en zone urbaine sont bien entretenus ou non, et s'ils contiennent des petits points d'eau, ce qui est important pour les moustiques», précise Murielle Lafaye.

Une étude de ce type mené sur le paludisme à Dakar avec le service de santé des armées a permis de cartographier les zones de risques de piqûres en région urbaine, avec des fortes variations du danger à une échelle de quelques dizaines de mètres.
James Gathany - Public Health Image Library
 

Pour Sanofi Pasteur, la meilleure connaissance de la dengue et de ses mécanismes de propagation sera importante pour mettre en place efficacement le vaccin qui pourrait obtenir une autorisation de mise sur le marché dès 2015. L'entreprise française a environ six ans d'avance sur ses concurrents américains dans la mise au point d'un premier vaccin contre la dengue, et attend à l'automne 2012 les résultats de la dernière phase des tests cliniques. L'enjeu de cet essai est crucial pour Sanofi Pasteur, qui a déjà construit une nouvelle usine à Neuville-sur-Saône pour produire le vaccin.


A propos du projet de télé-épidémiologie de la dengue

Le projet « Télé-épidémiologie » de la dengue réunira plusieurs partenaires et mobilisera des disciplines scientifiques multidisciplinaire comprenant :

· Des épidémiologistes
· Des entomologistes
· Des experts en Télé-épidémiologie
· Des experts en télédétection et statistiques appliquées à la Télé-épidémiologie
· Des spécialistes en météorologie

Le concept de Télé-épidémiologie, développé conjointement par le CNES et différents partenaires dont leLaboratoire d’Aérologie, repose sur une approche déterministe des relations climat-environnement-santé et sur une offre spatiale originale et réellement adaptée. L’approche conceptuelle est basée sur l’étude des mécanismes favorisant l’apparition et la propagation d’agents pathogènes dont des acteurs responsables de maladies infectieuses. Cette approche relie plusieurs disciplines telles que les sciences de l’environnement, du climat, l’entomologie, l’ornithologie, et la microbiologie. La télé-épidémiologie permet le développement de cartes de prévisions du risque environnemental favorisant l’émergence des agents pathogènes, en l’occurrence des moustiques vecteurs de la dengue.

Texte : Figaro santé - Par Cyrille Vanlerberghe et communiqué de presse du Cnes

Photo Cnes