En mai 1816 Niepce parvint à fixer des images qui se forment sur du papier enduit de chlorure d'argent. 19 août 1839, le député François Arago dévoile devant les Académies des Sciences et des Beaux Arts la découverte de Jacques Daguerre, la daguerréotypie (prise de vue photographique sur plaque de cuivre recouverte d'une couche d'argent sensibilisée par des vapeurs d'iode).

La révolution de l'image est lancée. La première utilisation d'un support papier sensibilisé pour réaliser un négatif est inventée par Talbot en 1840 et prend le nom de calotypie ou talbotypie.

A partir de 1854, NADAR, de son vrai nom Gaspard-Félix Tournachon, caricaturiste, aéronaute et photographe français, devient l’un des photographes les plus courus de la capitale. Les portraits de personnalités qu’il réalise dans son atelier de la rue Saint-Lazare témoignent d'une grande attention portée aux éclairages.

Mais Nadar souhaite que l'appareil de photographie puisse désormais être emporté à l'extérieur et en voyage. Ainsi, il va expérimenter la photographie embarquée dans un ballon.

En 1858, il réalise la première photographie aérienne de Paris, depuis un '"vol captif" à 80 mètres d'altitude, au-dessus du Petit-Bicêtre (actuel Petit-Clamart). Il est considéré comme le pionnier de la photographie aérienne par ballon.

Jules Verne, inspiré par ce personnage et ses essais de photographie aérienne, écrira en 1862 le roman « Cinq semaines en ballon ».

Nadar passa les deux années suivantes à promouvoir son propre aéronef "plus léger que l'air", mais son plus grand succès de photographie aérienne, il l'obtint par ses vues de l'Arc de Triomphe prises en 1868 avec un appareil à objectif multiples.
   
C’est 20 ans plus tard, en 1888, qu’un français, Arthur BATUT, réalise sa 1ère photographie aérienne avec un cerf-volant, dans sa ferme d'En Laure à Labruguière (Tarn).

Il écrit dans la revue La Nature, en août 88 : "je poursuis depuis six mois environ la solution du problème de photographie aérienne par cerfs-volants. Les résultats que j'ai obtenus, bien que très imparfaits encore, me permettent d'espérer une réussite complète."

A cet article sont jointes deux épreuves 8 X 10 obtenues à des hauteurs de 80 et 100 m environ. Quoique flous, ces premiers essais sont des plus intéressants et M. Gaston Tissandier, directeur de La Nature, écrit à A. Batut pour l'encourager à persévérer dans cette voie.

Le cerf-volant de Batut (photo de gauche) est un losange plat de 2,50 m par 1,75 m. L'armature est en bois. Une corde relie les sommets des montants de la charpente et la carcasse est recouverte de papier renforcé aux angles par une toile résistante. Il est muni d'une queue. La chambre photographique utilisée est fabriquée en bois léger avec une plaque de verre photosensible de 9X12 cm. La chambre est fixée à l'armature en bois du cerf-volant.

Le déclenchement est commandé par la combustion d'une mèche amadou, allumée au départ et dont la longueur est préalablement calculée. Une banderole se déroule ensuite pour signaler que la photo est prise. Par la suite il rendra son cerf-volant démontable et facilement transportable. Le papier sera remplacé par de la pongée (taffetas léger).
   
Arthur Batut
En 1889, Arthur Batut publie dans La Nature une magnifique épreuve obtenue à 127 m de hauteur et représentant la ferme d'Enlaure. (Labruguière - Tarn). La photographie aérienne par cerf-volant est née.

M. Batut consigne ses travaux dans une brochure qu'il fait paraître sous le titre de : Photographie aérienne par cerfs-volants.

L’année suivante, en 1890, Emile WENZ photographie les plages de Berck (sur plaque de verres de 11X15.5). De nombreuses cartes postales seront réalisées à partir de ses clichés. Il entre en contact avec Arthur BATUT, et ensemble ils améliorent le système.

" Pour ce qui concerne la photographie au moyen de cerfs-volants, les Américains, que l'on est toujours tenté de mettre en avant, ne se sont pas seuls occupés de la question. M. Batut et moi l'avons fait avant eux, et nous pouvons sans crainte dire mieux qu'eux ". E. Wenz
ferme d'En Laure. Labruguière
Vue de la plage et ville de Berck
(prise le 11 mars 1911 à environ 250 m d'altitude)
 
En 1892, le cerf-volant se métamorphose définitivement avec des formes tout à fait nouvelles et fonctionnelles. En effet, Sir Lawrence Hargrave, est le premier homme à réaliser des cerfs-volants cellulaires. Cet appareil a une puissance ascensionnelle importante.
 
En mai 1895, un journaliste américain, William A. Eddy, de Bayonne (New Jersey) prend la première photographie aérienne par cerf-volant du Nouveau Continent et obtient des vues au format 8,89 x 8,89 cm, en élevant son appareil au moyen de cerfs-volants dièdres, en forme de losanges, volant sans queue et inspirés des cerfs-volants de Malaisie.
   
Les dispositifs de déclenchement à combustion sont progressivement remplacés par des systèmes mécaniques puis électriques.

Pendant le mois d'août 1896, il obtient 7 bons clichés avec un des premiers modèles d'une caméra Kodak, utilisée à une hauteur variant de 300 à 450 m.

Le 21 septembre 1895, un autre Américain, Gilbert Totten Woglom réalise la première série de photos de la ville de New-York, avec une chambre noire de grand format, utilisant des négatifs sur plaques de verre de 16,51 x 21,59 cm. afin d'obtenir un meilleur rendu des détails.

En 1897, un ingénieur russe, R. Thiélé, invente une méthode et un matériel spécial pour les relevés topographiques par photographie aérienne. Il fait d'intéressants travaux dans le Turkestan et dans la vallée du Pripiat.

En 1902, il obtient d'exceptionnelles photographies panoramiques. Un train de six cerfs-volants cellulaires de type Lecornu de 2,5 m2 élève un groupe de sept chambres photographiques de format 12 x 12 cm.

le panoramographe
     
L'appareil, appelé panoramographe se compose de six chambres noires disposées suivant les six côtés d'un hexagone régulier et incliné d'un certain angle sur l'horizon. La septième chambre occupe le centre de l'hexagone et l'axe de son objectif est vertical. Toutes les chambres sont munies d'objectifs anastigmatiques Zeiss, grands angulaires.
 
En Belgique, c'est au mois d'octobre 1905 qu'un photographe gantois, Armand Goderus, publie dans le Bulletin de l'Association belge de Photographie, un long article, fort bien illustré, intitulé: Le Cerf Volant photographe.

Il inspirera un autre Belge, René Desclée, qui 1910, ramène deux superbes photographies, prises à 150 mètres d'altitude, l'une montrant le quartier Saint-Piat et l'autre le palais de Justice. Non seulement la netteté est parfaite, mais encore le contraste dû à l'éclairage oblique du sujet fait ressortir avec une précision inattendue les détails architecturaux.

Son premier appareil photographique destiné aux prises de vue aériennes est construit par lui-même. C'est une petite chambre noire faite de bois très léger qui reçoit des négatifs sur plaques de verre de format 8 x 8 cm. Quant à son premier cerf-volant c'est un multicellulaire type Lecornu, (forme d'étagère carrée).

Dès les mois d'août et septembre 1911, dans la petite ville balnéaire de Nieuport, il réalise avec succès des prises de vue à une altitude de plus de 300 mètres et les images 8 x 8 cm se révèlent d'une netteté irréprochable. (photo de droite)

René Desclée réalisera une série de 124 clichés d’aérophotographies par cerf-volant.
En savoir plus sur la vie de René Desclée


Nieuport : dunes et plage, 23-8-1911                  
 
A la même époque, les Ministères de la Guerre des différentes nations européennes offrent des budgets considérables pour le développement des cerfs-volants.
 

En France, dès 1902, le capitaine Saconney expérimente un système de cerfs-volants susceptibles d’emporter dans un premier temps un appareil photographique qui permet d’établir un relevé des côtes.

La photographie aérienne par cerf-volant n’est déjà plus un secret grâce aux travaux d’Arthur Batut et d’Emile Wenz mais Saconney va lui apporter toute sa rigueur scientifique.

Dès le mois de mai 1904, plusieurs navires sont dotés de séries de cerfs-volants destinés tant aux ascensions qu'aux expériences de télégraphie sans fil ou photographie. (photo de droite)

Le cerf-volant et le ballon captif deviennent ainsi l’auxiliaire inattendu de l’artilleur et du topographe.

En novembre 1912, Saconney est nommé chef de laboratoire d'aérologie et de photographie aérienne de Chalais-Meudon.

Le 25 août 1914, le général Dubail fonde à Epinal (Vosges) la section automobile de ballon captif et de cerfs-volants. En savoir plus sur la photographie aérienne militaire

Aux USA, en 1905, G. Lawrence, expérimente la photo aérienne à partir d'un navire, l'U.S.S. Maine. Les cerfs-volants utilisés étaient du type hexagonal régulier fait en armature légère de pin couverte de mousseline et connus sous le nom de « Conyne », du nom de l’inventeur.

Le 1er avril 1907, A. Batut réalise la première photographie aérienne stéréoscopique. Il obtient une double épreuve dont la netteté, par suite de l'insuffisance des objectifs employés, laisse un peu à désirer, mais dont le relief stéréoscopique est parfaitement sensible.

En 1910, en France, à Paris, la firme Gomes, spécialisée dans l'automobile, développe une activité cerf-volant et commercialise pour la première fois un système de photographie aérienne par cerf-volant. Auguste C. Gomes écrit dans sa revue : « La photographie aérienne est à l'ordre du jour, Les clichés très beaux que plusieurs ballonniers et quelques aviateurs ont présentés au public, ont déjà attiré l'intérêt de ce public sur les vues panoramiques aériennes.....

Il y a déjà un certain temps que des personnalités comme MM. Batut, Wenz etc., ont obtenu des clichés de toute beauté.

Quant à son utilité, elle est plus qu'évidente. Le propriétaire d'un champ ou d'un terrain aura en plan la vue de son terrain ; le géographe pourra facilement prendre un croquis photographique du terrain qu'il étudie, et quant aux nombreux amateurs de la chambre noire, ils pourront s'adonner à une forme nouvelle de la photographie, qui leur réserve des clichés splendides.



Aug. Gomes teste son matériel aéro-photographique
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Bien d'autres applications sont réservées à la photographie par cerfs-volants. L'objectif devient, par ce fait, comme un oeil humain qui monte très haut dans l'espace pour observer et voir ce que l'homme est impuissant à regarder au ras de terre. Grâce à lui, l'explorateur d'une contrée inconnue pourra en une demi-heure reconnaître sa route â plusieurs kilomètres." Rencontre avec A. Gomes
 
1979, George RIVALS, co-fondateur du CVCF (Cerf-Volant Club de France) redonne un élan à l'aérophotographie.
   

1982, Jacques DURIEU, fonde le NCB (Nouveau Cervoliste Belge) et fait, lui aussi, la promotion de l'aérophotographie

1985, Michel DUSARIEZ et Geoffroy de BEAUFORT unissent leurs efforts pour la création du KAPWA (Kite Aerial Photography Worldwide Association) qui comptera plus de 450 membres répartis dans le monde entier.

1985, Serge NEGRE, habitant de Labruguière, se passionne pour l'aérophotographie. Pour rendre hommage à Arthur BATUT, il ouvre un musée et édite un livre.

1989, 1er symposium au Japon sur l'aérophotographie par C.V.

1994, les aérophotographes de l'AKA (American Kite Association) se regroupent et créent la revue "Aerial Eye". The aerial eye a cessé à l'été 1999. Les articles ont été écrits par 96 aérophotographes du monde entier. Toutes les techniques ont été abordées, et traitées de façon très exhaustive. Ces 18 numéros constituent un ensemble de documents d'une très grande richesse, à la fois historique et technique.
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Eglise de la Butte de Doue (77)
Patrick Mouchague
 
Hangar à Dirigeables - Ecausseville (50)
Christian Bécot
Aujourd'hui, le matériel évolue (appareil photo numérique, retour vidéo au sol, orientation et déclenchement de l'appareil photo par télécommande radio,..) et les techniques cervolistiques s'affinent.
   

Venez découvir les aérophotographes dans notre page liens

Dites à Cris Benton d'aller faire voler un cerf-volant. Il va revenir avec des photos magnifiques prises à partir de points de vue apparemment impossible. En tant que jeune architecte, Cris voulais des images nettes de bâtiments à une distance élevée, de sorte qu'il pionnier de l'art/science de la photographie aérienne par cerf-volant.

Maintenant, professeur d'architecture à l'Université de Berkeley, Cris est toujours leader dans la communauté de la photographie aérienne par cerf-volant, il développe constamment de nouveaux concepts de fabrication des dispositifs, afin de contrôler à distance ses appareils photos pour des résultats étonnants. Aussi, à voir les anciennes utilisations du cerf-volant pour les ascensions humaines! Regardez le clip et découvrez le site de Cris arch.ced.berkeley.edu/


Kite Aerial Photography on MAKE: television from make magazine on Vimeo.

   


Photographie aérienne par Nicolas Cortyl et par José Valois
 
NEW YORK - Le 24 septembre 2010- Stuart Fox de TechNewsDaily :
La photographie aérienne par cerf-volant (KAP) aide les ingénieurs des ONG à développer des infrastructures - Voir USAID : United States Agency for International Development (en français)
 

Nos photographies aériennes par cerf-volant sur notre page (en cliquant sur la photo ci-dessous)